• - Quelle différence ?

    BINIOU, ou CORNEMUSE ?

     

    Quelle est la différence entre un biniou et une cornemuse ?

    Voilà une question qui nous est fréquemment posée...

    Biniou ou cornemuse ?

     

    En breton, "biniou" signifie ce qu'on désigne par "cornemuse" en français,
    mais tout n'est pas si simple...

    En fait "cornemuse" désigne tous les instruments à vent fonctionnant avec des anches, et ayant une réserve d'air pour pouvoir jouer en continu (une poche dans la plupart des cas, mais il existe aussi dans le monde des cornemuses "à bouche").
    En fait, une cornemuse est une sorte d'orgue, mais à anches, et non à sifflets.
    (Selon ces critères, on peut aussi qualifier l'accordéon de "cornemuse").

    Donc, quand un breton vous parle de biniou, vous ne savez pas vraiment de quel type de cornemuse il parle... Sauf que vous avez une chance de vous rapprocher de la vérité quand vous savez qu'il existe trois cornemuses jouées couramment en Bretagne (sans compter l'accordéon), dont deux sont considérées comme typiquement bretonnes :

     

    - LA VEUZE - Cette cornemuse est la descendante directe d'une cornemuse médiévale et était l'unique cornemuse connue en Bretagne jusqu'au 18è siècle (sous le nom de "biniou"). Elle est plus grande et plus grave d'une octave que le biniou "kozh" (mentionné ci-après). C'est un "biniou" du fait que c'est une cornemuse et qu'elle est traditionnelle en Bretagne, mais pour éviter les confusions, il vaut mieux continuer à l'appeler "veuze". Autrefois répandue dans tout l'ouest européen, au moins de l'Écosse au Portugal (les gaitas hispaniques et portugaises sont le même type d'instrument que la veuze bretonne), elle est actuellement considérée sous sa forme actuelle comme typique du sud de la Bretagne historique (et du nord de la Vendée administrative actuelle, mais attention : seulement dans la partie historiquement bretonne. Au sud de ce terroir, on ne trouve plus de veuze, mais des musettes du Poitou, la Vendée faisant partie du Poitou historique).

    En savoir plus sur la veuze, et "le Rouge de Bréca", sonneur emblématique de la presqu'île guérandaise

     

    - LE BINIOU - Il est appelé parfois "biniou kozh" (vieux biniou), ou encore "biniou bihan" (petit biniou), parce que c'est la plus petite des cornemuses de Bretagne (une octave au dessus de la veuze). C'est le seul instrument que les puristes appellent "biniou". Il est le résultat d'une évolution de la veuze, qui a été "raccourcie" suite à la coutûme de jouer en couple avec la bombarde. De cette manière, sa tonalité plus aigüe d'une octave que celle de la bombarde amène un très net enrichissement la sonorité de l’ensemble, donnant aussi un rendu beaucoup plus vivant qu'avec des instruments de même octave.

     

    - LA CORNEMUSE ÉCOSSAISE - Dans les bagadoù (pluriel de bagad), la cornemuse utilisée est la grande cornemuse des Highlands d'Écosse, ou great Highlands bagpipe, appelée aussi en breton "pib veur" (grand tuyau). Cet instrument est aussi une évolution de la "veuze" médiévale, à laquelle est venue s'ajoûter un second bourdon au 16è siècle, puis un troisième vers le 18è siècle.

     

    La polémique : certains ont pris l'habitude d'appeler la cornemuse écossaise "biniou", et même souvent "biniou braz" (grand biniou), parcequ'elle est plus grande que le biniou "bihan" (petit). Ce n'est pas faux car c'est une cornemuse, et qu'elle est grande (même taille que la veuze), mais elle n'est pas bretonne, elle est écossaise ! Il en résulte que si on veut être puriste, les seuls "vrais" biniaoù (pluriel de biniou), sont le biniou dit "kozh", et la veuze, et que le seul biniou "braz", est donc la veuze.

     

    PS : dans la Marine, "biniou" désigne aussi traditionnellement le clairon,
            puisqu'il est en fait, l'instrument du sonneur.

     

    * * *

     

      
    EXPLICATIONS EN PHOTOS :
     
     
    Le BINIOU (dit aussi "biniou kozh")
    C'est la cornemuse traditionnelle bretonne la plus utilisée.
    LE BINIOU - C'est la cornemuse traditionnelle bretonne la plus utilisée.   Le couple biniou et bombarde
     Le biniou se joue généralement en couple avec la bombarde.
    On appelle ce duo d'instruments "couple" car l'un est vraiment complémentaire de l'autre,
    à tel point qu'on peut quasiment considérer cette formule comme un seul et même instrument,
    mais en deux parties, et nécessitant deux personnes pour en jouer.
     
     
     
    La VEUZE
    C'est la plus ancienne des cornemuses de Bretagne utilisée en musique traditionnelle.
    LA VEUZE - C'est la plus ancienne cornemuse de Bretagne encore utilisée en musique traditionnelle.   Trio veuze, haubois et tambour
     Après avoir failli disparaître complètement, la veuze a finalement été sauvée de l'oubli
    et redevient actuellement très populaire, particulièrement dans le sud Bretagne,
    ainsi que dans la musique médiévale / renaissance.
     
     
     
    La CORNEMUSE ÉCOSSAISE
    On devrait dire "grande cornemuse des Highlands". C'est la plus connue des cornemuses,
    grâce à la création dans le monde entier de "pipe bands" basés sur le modèle écossais.
    LA CORNEMUSE ECOSSAISE - On devrait dire grande cornemuse des highlands. c'est la plus connue.   Le modèle écossais : le Pipe Band
     
    Ci-dessous : le bagad de Lann Bihoué.
    Le bagad est une adaptation bretonne du pipe band écossais, additionné de bombardes.
    Le répertoire d'un bagad s'oriente plus vers les airs traditionnels bretons ou les créations modernes,
    alors que le pipe band écossais interprète majoritairement des airs traditionnels écossais.
    L'adaptation bretonne du pipe band : le Bagad (sur la photo : bagad de Lann-Bihoué)
     
     
     
     
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  •  ... ET LE TREUJENN GAOL DANS TOUT ÇA  ?

     

    Treujenn gaol... Kézaco ?

     

    En voilà encore une bonne question !

     

     Historiquement, "treujenn gaol" ("trognon de chou" en breton) a été le surnom donné aux premières clarinettes arrivées en Bretagne, à cause de leur forme évoquant...
    ... Un trognon de chou...

    Pier an dall, sonneur de treujenn gaol au 19è siècle
    Pier an Dall (1832-1908)

     

    Les Bretons ayant l'habitude d'utiliser des sonneurs pour l'animation des événements sociaux festifs, dans des environnements parfois bruyants (mariages, foires, marchés et autres), les sonneurs de clarinette ont développé un jeu adapté à cette utilisation (évoquant celui de la bombarde), avec des attaques mordantes, toujours dans le registre aigü de l'instrument, dans l'optique d'obtenir un puissant volume sonore.

     

    Actuellement, quand on parle de "treujenn gaol", on parle plus de cette façon de jouer que de l'instrument lui-même, car même si les clarinettes ont évolué depuis, et que la plupart des sonneurs utilisent des clarinettes modernes, ce type de jeu typiquement breton - avec un son puissant, allié à des attaques mordantes - est resté le même.*

     

    En définitive, une phrase qu'on entend souvent dire résume très bien tout ça :
    " LE TREUJENN GAOL, C'EST LA CLARINETTE QUI PARLE BRETON  " !

     

    La pratique du treujenn gaol est restée bien vivante en Bretagne, plus particulièrement dans ses terroirs historiques, en haute Cornouaille et dans le Trégor

    Ecouter du treujenn gaol : suite fisel

     

     Pour en savoir plus, je vous invite à visiter ce site entièrement dédié au treujenn gaol :
     
     ... Et plus particulièrement cet article sur PIER an DALL
     
     
     
     
     

    *  Cette façon traditionnelle d'utiliser les instruments, en les faisant "sonner" (comme on ferait sonner des cloches) est la raison pour laquelle on parle de "sonneurs", autant pour le treujenn gaol que pour la bombarde ou le biniou.

     
     
     
     
     
     

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